22/05/2017

Discours de Michaelle Jean, Paris le 18 mai 2017

Devant les Chambres de commerce francophones

 

Madame la Directrice générale de la Chambre de commerce du Canada,


Mesdames, Messieurs les représentants des Chambres de commerce francophones et du monde de l’entreprise,


Mesdames, Messieurs,



Je suis très heureuse de l’occasion qui m’est donnée de m’exprimer devant les Chambres de commerce francophones en France et de rencontrer les entrepreneurs qui contribuent au développement économique et permettent de créer de nouveaux liens entre les pays.



Oui, la Francophonie est concernée par l’économie et considère, qu’aujourd’hui, c’est l’un des facteurs les plus importants pour le développement et le rayonnement de l’espace francophone.


La Francophonie s’est dotée d’une stratégie économique lors du Sommet de Dakar, en 2014, et c’est l’une de ses principales priorités. Elle a été réaffirmée avec force lors du dernier Sommet qui s’est tenu à Antananarivo en novembre dernier sous le titre : « Croissance partagée et développement responsable : les conditions de la stabilité du monde et de l’espace francophone ».



Cette stratégie veut accompagner chacun des pays francophones, en particulier les plus pauvres, sur la voie d’une croissance inclusive et d’un développement responsable, conditions de stabilité pour le monde et pour l’espace francophone et une transformation structurelle créatrice d’emplois pérennes au sein de notre espace.
La Francophonie se mobilise donc afin d’apporter une plus-value en ce domaine à ses Etats et gouvernements membres, en faisant jouer ses nombreux atouts.



En effet, l’espace francophone est un espace qui compte dans le monde. Avec 274 millions de locuteurs francophones, c’est un des grands ensembles linguistiques mondiaux, et un espace politique qui est conscient de sa force. C’est une communauté de 84 pays, dont certains sont parmi les plus riches et les plus industrialisés de la planète, d’autres sont résolument sur la voie de l’émergence.


Aujourd’hui c’est non seulement très prisé de parler français, mais c’est aussi très stratégique : la Chine, la Corée du Sud, le Brésil et d’autres encore l’ont compris dans leur volonté de pénétrer les marchés de l’espace francophone.


Tous les pays qui souhaitent rejoindre notre organisation le font aussi avec la certitude que l’espace francophone constitue un formidable marché potentiel, un vaste réseau d’expertises, un espace de réalisations dans des filières existantes et d’autres qui sont à développer. Un espace où se côtoient des diversités d’expériences, des modèles de développement, du savoir-faire.



Et le rôle de notre organisation - l’OIF - est de signaler et de renforcer des opportunités, de mettre des partenaires en présence, de susciter des liens, d’aider à consolider l’environnement des affaires et à créer des conditions optimales.



Et soyez persuadés que vous faites partie de cet espace, de cette grande et légitime ambition, avec tout ce que vous représentez, tout ce que vous accomplissez, tous vos atouts, toutes vos aspirations.


Toutes les études le confirment, l’OCDE en a fait la preuve : investissez dans les initiatives économiques des femmes, investissez dans la professionnalisation, l’insertion et les initiatives économiques des jeunes, qui n’ont jamais été aussi nombreux, et vous verrez grimper le PIB et s’accroître la stabilité dans tous nos pays.



Pour cela, l’investissement dans le capital humain est un facteur clé de succès, notamment pour les activités liées aux services, comme le tourisme, le numérique où, de plus en plus, de nouveaux métiers sont créés, impliquant la maîtrise de nouvelles technologies.



La Francophonie a au cœur de ses activités la formation des jeunes, à tous les niveaux, et, de même que nous avons mis en place un réseau de 160 Centres de lecture et d’action culturelle (CLAC) dans les pays francophones, les opérateurs et instituts de la Francophonie sont mobilisés pour accompagner la formation de la jeunesse et l’entreprenariat dans nos pays. Je pense en particulier à :

 

  • l’Institut de la Francophonie pour l’éducation et la formation (IFEF), qui est à Dakar et a vocation à former 100’000 maîtres et cadres en français.
  • l’Agence universitaire de la Francophonie, qui rassemble plus de 800 universités, et a créé un méta-portail, intitulé IDNEUF, que je vous invite à consulter, premier moteur de recherche de grande ampleur, conçu pour gérer des ressources pédagogiques et valoriser le patrimoine numérique libre d’accès en langue française, nous contribuons déjà à l’instauration de cette dynamique entrepreneuriale qui ne peut se faire sans un accès de tous à une éducation et à une formation de qualité tout au long de la vie.

 



Pour les entreprises, il y a une prise de conscience que la nécessaire insertion dans la mondialisation ne peut se résumer au seul critère financier.



Dans un monde qui vit à un rythme accéléré, où tous les individus sont connectés, l’accès aux marchés étrangers implique de comprendre l’autre et d’offrir du sens, que ce soit à ses clients ou ses collaborateurs. On ne vend plus seulement un produit, on vend une image, on promeut des pratiques, on diffuse des valeurs. L’entreprise d’aujourd’hui a besoin de partenaires qui l’aident à élaborer ce message inclusif, alors que les inégalités s’accroissent dans le monde. Dès lors, le cloisonnement strict entre public et privé perd de sa pertinence. C’est la raison de la convergence d’intérêts dont témoigne cette réunion.



Cette convergence trouve un point d’application particulier autour de l’Afrique. Ce continent recèle encore de nombreux défis, mais il est riche d’opportunités à nulles autres pareilles. L’Afrique est la nouvelle frontière de la croissance mondiale : une progression du PIB supérieure à 5%, une classe moyenne qui se constitue, des jeunes de mieux en mieux formés qui débordent d’inventivité.



Pour les entreprises francophones, il s’agit d’un marché stratégique, que la proximité linguistique et culturelle, dans de nombreux pays, rend plus facile d’accès que d’autres. C’est maintenant que nos entreprises doivent oser aller en Afrique, pour y découvrir des marchés en pleine croissance, des collaborateurs bien formés, des partenaires dynamiques.


Toutefois, cette émergence économique de l’Afrique, qui aujourd’hui ne fait plus aucun doute, doit aussi répondre aux immenses besoins de la jeunesse de ce continent. Si les jeunes ne sont pas inclus massivement dans cette marche vers le progrès par l’éducation et la formation, ils viendront augmenter les rangs des laissés-pour-compte de la mondialisation, avec tous les risques de déstabilisation que cela entraîne.



Voilà des pistes concrètes sur la manière dont la Francophonie peut accompagner le développement économique.



Mais il y plus. Au niveau international, la Francophonie défend les intérêts de ses Etats membres dans les grandes instances économiques multilatérales où se prennent des décisions qui impactent directement leurs économie, qu’il s’agisse des réunions du FMI et de la Banque mondiale, du G20 ou des Nations Unies.


Dans ce contexte, nous sommes particulièrement mobilisés à travers nos réseaux de ministres francophones des finances et du commerce pour faire prévaloir une mondialisation inclusive et équitable, qui respecte les intérêts des pays les plus vulnérables. La question du commerce est particulièrement stratégique pour favoriser l’atténuation des barrières à la croissance, tout en veillant à ce que les populations y trouvent leur compte, notamment en termes d’emplois.



Par ailleurs, l’OIF soutient l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du droit des Affaires (OHADA), qui compte aujourd’hui 18 États parties. Il s’agit là d’un outil considérable de simplification, d’un levier à même de favoriser le commerce, l’intégration économique entre pays d’Afrique francophone et plus largement entre pays de tout l’espace francophone. Il faut que vous sachiez qu’il y a une véritable construction du droit des affaires, en français, en train de se faire et vous devez vous y associer car vous êtes directement concernés.


Je voudrais maintenant dire un mot de notre programme de soutien à l’emploi des jeunes et des femmes par l’entreprenariat, qui concerne 12 pays d’Afrique subsaharienne. Ce programme stratégique comporte trois objectifs.

 

  • Premier objectif : contribuer à l’insertion socio-économique des femmes et des jeunes en soutenant l’entreprenariat, en déployant des incubateurs de très petites entreprises dans des filières génératrices d’emplois stables et décents, dans des secteurs d’avenir, d’innovation et de développement responsable.

  • Je pense notamment aux secteurs de l’économie verte, de l’agriculture durable, de l’économie sociale et solidaire, de l’économie de la culture ou de l’économie numérique.
    Nous appuyons de manière structurante des chaînes de valeurs en favorisant aussi des opportunités de partenariat entre entrepreneurs de tout l’espace francophone dans des secteurs d’activités connexes.



  • Deuxième objectif : renforcer l’environnement entrepreneurial - institutionnel, normatif, stratégique, financier - introduire des labels et des certifications sur des standards de qualité, afin de faciliter la création et le développement d’entreprises formelles et d’aider les entrepreneurs à saisir les opportunités de croissance et de développement.



  • Troisième objectif : développer des plateformes d’échanges d’expérience et de bonnes pratiques sur l’emploi et l’entreprenariat, et mettre en réseau les acteurs.



Il y a de nombreuses opportunités d’affaires à créer et la Francophonie peut être à vos côtés, si vous le souhaitez, pour réussir cette transition vers une économie verte, respectueuse de l’environnement et au service de l’homme.

Je vous remercie.

Édito de la présidente

Jacqueline Nizet

Jacqueline Nizet "Fiers de nos différences"

Avec 274 millions de francophones et 116 millions d’apprenants, la francophonie n’a jamais été aussi forte et elle continue de progresser dans le monde !

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